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Pourquoi l’édition classique ne fait plus rêver les auteurs ?

  • Photo du rédacteur: Elora Quintin
    Elora Quintin
  • 24 févr.
  • 5 min de lecture
Se faire éditer a toujours été le rêve d’une autrice et d’un auteur, et pour eux les maisons d’édition représentaient le graal ultime. Pourtant, ces dernières années, avec l’émergence de nouvelles pratiques et les désillusions du monde éditorial, de plus en plus d’écrivains se tournent vers l’auto-édition, par choix. Décryptage.

Image libre de droit @pixabay


  1.  L’édition française est vieillissante


Comment en est-on arrivé à ne plus rêver de se faire éditer par une grande maison d’édition ?

Si certains considèrent d’être éditer en maison d’édition comme une consécration et une reconnaissance de son travail, ce n’est plus la seule porte et certainement plus la volonté finale de la majorité des écrivains.

Étant partie intégrante des réseaux sociaux littéraires et suivant les actualités régulièrement, j’ai remarqué un grand nombre de critiques sur l’édition française.

 

Comme le soulignait, en 2020 Oriane Wrobel sur son blog, alias Myfanwi (bloggeuse littéraire), le plus gros problème du monde éditorial réside dans le culte de la littérature blanche. Comprendre le manque de diversité dans les personnages de nombreux livres. Sur les réseaux sociaux, certains auteurs disent s’être retrouvés à devoir modifier la couleur de peau de leur personnage principal pour que « les lecteurs s’identifient aux personnages ». Un Musso, un Lévy, même un Franck Thilliez ou un Bernard Minier, tous leurs personnages sont représentés comme blancs. Un phénomène qui prend davantage d’ampleur quand on sait que les auteurs français sont essentiellement des hommes ou des femmes de couleur blanche.

Comme autres critiques : la politisation des grands groupes comme celui de Bolloré et l’émergence de l’Intelligence Artificielle, avec la multiplication de recrutements d’ingénieurs IA aux Etats-Unis ou encore la maison Harlequin, du groupe Harper Collins, qui a décidé en fin d’année 2025 de réaliser ses traductions par IA.

 

S’ajoute à cela, le manque de qualité des histoires et les fautes d’orthographe de plus en plus repérées dans les livres, amplifié par la montée des maisons d’édition indépendantes et celles à compte d’auteur. Pour l’avoir expérimenté et envoyé mon premier manuscrit (bourré de fautes et de maladresses, écrit quand j’étais lycéenne) à une maison d’édition à compte d’auteur, j’avais reçu une réponse très rapide et favorable à l’édition de cet écrit. D’autres amis écrivains que j’ai connus sur le Bookstagram, avec qui j’ai échangés, ont pu se faire éditer des recueils de poésie avec ce genre de maison… leur témoignage est plus que triste. Aucun travail de relecture ou de réécriture, les auteurs se relisent eux-mêmes, les couvertures de livres font parfois mal aux yeux et que dire de la distribution de leurs livres qui ne sont pas en librairie et dont la communication laisse à désirer. À part une publication sur les réseaux sociaux des maisons d'édition, aucune promotion du livre, ni de salons prévus.

Ces maisons d’édition sont mêmes définies par la communauté littéraire comme des arnaques. Elles veulent juste ton argent, et quand tu as signé avec elles, c’est fini.

 

L’édition française engrange ces dernières années une désillusion complète pour les autrices et auteurs, qui, aujourd'hui, sont aussi mieux informés. Notamment, des pratiques telles que l’édition à compte d’auteur.

Pour le cas, des maisons d’édition à compte d’éditeur… bon nombre d’entre elles refusent les manuscrits reçus, parfois 6 ou 8 mois plus tard. Et quand un auteur a la chance de se faire éditer par une belle maison, il ne reçoit qu’à peine 10% des ventes de ses livres sur ses droits d’auteur et les plus gros budgets alloués à la communication n’est pas pour cet auteur inconnu au bataillon. Les maisons d’édition donnent davantage de sous et de place aux grands écrivains déjà connus au national et à l’international.

Désillusion de plus.

 

Dans un article de 2020 paru sur Actualitté « Espoirs et inquiétudes : quel avenir pour la nouvelle génération de l'édition ? », où les journalistes allaient à la rencontre de quatre étudiantes en édition, l’une d’elle constatait « les injustices qui structurent le milieu » et suivait avec attention le mouvement #Paytonauteur de l’époque.


  1. L’auto-édition : la ruée vers l’or des auteurs


Alors, au milieu de ce désespoir, les auteurs sont de plus en plus nombreux à choisir la voie de l’auto-édition. Une pratique qui d’ailleurs, existe depuis plus longtemps qu’on ne le croit !

 

Edgar Allan Poe, Marcel Proust, Jane Austen, chacun d’entre eux a au moins auto-édité un de ses livres. Pour Poe, par exemple, ce fut son premier recueil de poésie, avant d’être remarqué et édité par une maison. Aujourd’hui, on peut parler de Morgane Moncomble, Agnès Martin-Lugand ou encore Aurélie Valognes qui a vendu 25 000 exemplaires de son roman « Mémé dans les orties » en auto-publication avant d’être repérée par Michel Lafon.

Tous ces noms devenus célèbres, prouvent d’une part que l’auto-édition n’est pas nouvelle et d'autre part que non, ce ne sont pas de mauvais écrits ou de mauvais écrivains.

 

Dans tous les livres auto-édités, on peut bien sûr trouver de mauvais manuscrits, comme les livres écrits par l’IA ou des romans problématiques tels que "Corps à coeur" de Jessie Auryann qui fait l'apologie de V sur mineurs, mais évidemment il y a des exceptions.

Grâce à l’émergence des réseaux sociaux et du numérique avec Wattpad, Nocteller, BOD, Amazon KDP, les écrivains sont mieux informés sur les bonnes pratiques de l’édition et celle-ci est plus accessible. La plupart font appel à des bêta-lecteurs, des correcteurs et des graphistes, ce qui mène à des livres parfaitement propres, sans fautes d’orthographe, de belles couvertures et des mises en pages parfois plus travaillées que les livres édités de manière classique.

L’auto-édition a souffert et souffre encore de sa réputation de mauvaises histoires (la dernière polémique avec Jessie Auryann n'aide pas à rendre ses lettres de noblesse à cette liberté d'édition), pourtant le niveau d’exigence des auto-édités est de plus en plus élevé.

 

Outre la qualité parfois bien meilleure d’un livre auto-édité, les auteurs mettent également en avant leur autonomie dans l’écriture, dans la publication et dans les choix graphiques du produit final. L’auto-édition n’est plus depuis longtemps, un choix par dépit. Elle permet au contraire, d’avoir son mot à dire sur tout le processus de création et in fine de conserver ses droits d’auteur. Pour la vente d’un livre, un auteur en maison d’édition touchera en moyenne 10% du prix, quand un auteur auto-édité sur Amazon touchera jusqu’à 60%. Et s’ajoute également, les possibilités de communication et de promotion beaucoup plus faciles grâce aux réseaux sociaux et le développement de plus en plus de salons littéraires, proposés pour des auto-édités.

 

Alors, oui l’auto-édition a un prix. Ce n’est pas gratuit comme on pourrait le penser avec Amazon KDP, puisque les auteurs font appel à des prestataires pour créer le livre, quand pour l’édition classique, un auteur ne débourse rien.

Là encore, il existe des solutions en créant des campagnes Ulule pour s’auto-financer, et dans le cas des maisons d’édition à compte d’auteur – dites arnaqueuses – autant s’auto-éditer.



Entre attendre peut-être des années pour être remarqué, voir ses écrits pourrir au fond d’un garage et voir son rêve d’édition disparaître, certaines autrices et auteurs choisissent de se lancer pour le meilleur et pour le pire. Même si, leurs livres ne se vendent pas, au moins ils seront allés au bout de leur rêve.

 
 
 

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